dimanche 29 août 2010

Nuit d'attente, fin tragique

Ce 28 août fût pourtant une belle journée. Marche dans le Vieux Montréal, découverte du marché public d'antan, parcours du Red Light. Soirée à la Paryse, et on digère en marchant. 

Environ 3h30 du matin, des coups retentissent à l'arrière de l'appartement. Je vois de ma chambre (je vois tout l'appartement de ma chambre, la beauté d'un appartement sans réelle pièce fermée) une lumière d'une lampe torche. Je saute du lit, enfile rapidement mes jeans en maugréant, pensant à un voisin qui a un problème. Surprise en ouvrant la porte, c'est une policière, un peu plus petite que moi, qui m'annonce, la main sur son pistolet, l'autre tenant sa lampe, qu'un homme s'est barricadé chez lui, l'autre côté de la rue. Elle s'excuse, me dit de m'habiller et de sortir par la ruelle vers un autobus du service d'incendie qui nous attend pour nous relocaliser. J'enfile rapidement un polo, mes souliers, je nourris mes chats (oui, oui) et je file avec mon sac en bandoulière dans la nuit qui règne en reine sur la ville.

On trouve l'autobus facilement. Pourtant, on reste à l'extérieur, guettant ce qui se passe. On cède finalement, le froid de la nuit engourdissant nos membres. Un pompier affecté à l'autobus nous donne accès à du café et de l'eau. Mes voisins et voisines sont en pyjamas ou viennent tout juste de rentrer, encore maquillées. Certains font même finalement connaissances. Des enfants sont parmi nous, bien sûr. De petits groupes se forment, on rigole, on discute. On attend. Quelques nouvelles nous arrivent enfin. L'homme aurait 45 ans, père, vivant dans un sous-sol. Un chauffeur. Il aurait tiré dans la télé. Sa tante est parmi nous et se fait interroger à quelques reprises. Des couvertures de fortune nous parviennent finalement. Ce qui devait durer une heure se prolonge interminablement, nous permettant de voir le soleil jeter un oeil lumineux sur le quartier pris en otage par un seul homme, qui n'est même pas sorti de chez lui. Aucun moyen de retourner chez soi, au risque d'une balle perdue ou d'une explosion. 

En plus des nombreux effectifs policiers et ambulanciers sur place, d'autres policiers fusent. Quatre, cinq, six voitures arrivent. Mais pourquoi tant d'agents de la paix pour une seule personne? Qu'est-ce que l'équipe d'intervention attend pour agir? Cela fait maintenant quatre heures que nous attendons, assis sur le trottoir, privés du précieux sommeil réparateur. Mais où sont les médias? Aucun camion, aucun journaliste ne s'est pointé. On a cherché, en vain, les numéros de téléphone des salles de nouvelles de Radio-Canada, de TVA. On aurait dû envoyer tout ceci sur les réseaux sociaux, peut-être.

Le petit restaurant du coin de la rue ouvre ses portes, vite : café, rôties, oeufs. Quelque chose à se mettre dans le ventre, quelque chose pour nourrir notre corps vidé, quelque chose pour nous occuper. 

On sort finalement, temporairement repus. On se rend tout près des rubans de plastique oranges qui délimitent le périmètre de sécurité. Une femme pleure, une femme est en crise. On pense au pire. Et le pire s'est produit. L'opération policière est un échec. Les pourparlers qui auront duré toute la nuit n'ont mené à rien. L'homme s'est suicidé au petit matin, le jour de l'anniversaire de son fils de huit ans.

On retourne penaud chacun à nos logis, une petite curiosité morbide de voir où tout cela s'est produit.  C'est la première fois que j'expérimentais ce genre de situation, qui m'a réellement stupéfait. 

Un souvenir me reste de cette nuit : la couverture grise de Jeunesse au soleil, qui me rappellera toujours que la détresse des gens affecte souvent beaucoup plus de monde qu'on peut l'imaginer. Je suis sincèrement désolé pour la famille touchée par cette tragédie. Je le suis encore plus pour cet homme qui s'est enlevé la vie, pour une raison qui me restera possiblement inconnue. Peut-être l'ai-je déjà croisé à la boulangerie, ou sur la rue. Si c'est le cas, je ne le reverrai plus jamais. Et surtout pas son fils, qui l'attendra peut-être toujours, les 29 août des prochaines années.


3 commentaires:

  1. Ouf! C'est vraiment troublant cette histoire. J'imagine que tu vas en parler encore et encore de cette aventure.

    C'est vraiment désolant pour le jeune garçon.

    en bout de ligne, on se pose toujours la même question... qu'est-ce qui pousse réellement les gens à mettre fin à leur vie aussi tragiquement!?!

    Soit, merci pour ce billet et by the way... belle plume!

    RépondreEffacer
  2. Ugh! Le wagon des sinistrés, toujours une expérience mémorable et... oui, sinistre, n'est-ce pas?

    Ça laisse invariablement songeur de se rendre compte que la détresse peut être si proche en fin de compte, que la vie des gens ordinaires ne l'est jamais vraiment. Nous et les autres. Repose-toi bien!

    RépondreEffacer
  3. ça fesse. quelle nuit!

    RépondreEffacer