mercredi 21 juillet 2010

FanTasia, part 3

Jusqu'ici, mon expérience FanTasia 2010 est plutôt satisfaisante. Mais trois trucs me foutent les nerfs en boule.

1) La quantité de décibels déployée

Ok. Juste pour que les projectionnistes le sachent: on est peut-être geeks, mais ON N'EST PAS SOURDS. Le son est tellement puissant parfois que j'ai l'impression que mes dents vont éclater et que Grandpa Simpson va s'écrier Turn it up!!


2) La qualité des courts avant les longs.

Je ne parle pas ici de qualité technique spécifique des courts-métrages présentés avant les films, mais de leur qualité en général. Jusqu'ici, je n'ai peut-être pas été chanceux, mais les deux auxquels j'ai dû assister étaient pires qu'une séance chez le dentiste, option on-t'arrache-ta-carie-à-frette. Après le morbide Oranus, j'ai eu droit à l'incompréhensible et platitude Seed, de Ben Richardson et Daniel Bird (estampillé de la République tchèque). On nous vend le petit film avec des mots comme "surréaliste", "cruel récit", "à la Dali"... Si relier un dépotoir, une tête de corbeau et une patte du même animal qui se font la guerre à coup d'oeuf et de pomme dans un interminable recommencement, tout en diffusant chacun une musique qu'une radio tente de capter... Quelqu'un peut m'expliquer svp pourquoi j'ai dû regarder ça??

3) Les pubs avant les films.

Je n'ai absolument aucun problème avec les publicités des commanditaires du Festival. Le festival doit bien vivre après tout, et c'est grâce à eux si nous avons la chance de voir autant de films. Mais bordel, est-ce nécessaire de nous les présenter tous ensemble à chaque film? On ne peut pas avoir une présentation A et une présentation B? Juste question de ne pas avoir 10 minutes de pubs avant le film, et de varier les présentations... parce que ça devient redondant et plutôt abrutissant... (mais je dois saluer l'auto-promo de FanTasia du chauffeur de taxi qui régurgite du pop-corn, je l'aime bien celle-là)

Ceci étant dit, venons-en aux films visionnés.

19 juillet

Eve's Necklace

Ce film était probablement le plus bizarre de ma sélection 2010 plutôt conservatrice. Eve's Necklace est un film noir où une jeune et splendide Mexicaine, Eva, nouvellement mariée aux États-Unis, vit le rêve américain. Mais la belle cache un passé entaché de trois X. Elle se voit rattrapée par un ancien magouilleur qui lui demande 20 000$. Le mari vient qu'à tout apprendre, passe près de se suicider, mais décide d'aider sa femme avec ce fardeau. Mais le vilain ne partira pas sans son argent.

La trame de base est du pur film noir. Le film est en noir et blanc (quoiqu'il manque à plusieurs reprises un contraste plus poussé qui aiderait à l'esthétisme de l'image), plusieurs plans sont source de suspense, malgré une réelle maladresse à d'autres moments. Mais ce qui impressionne davantage, c'est qu'il n'y a aucun acteur. Tous les personnages sont interprétés par des mannequins de boutique, que l'on fait bouger, manger, fumer, conduire, baiser. Et le tout, étonnamment, fonctionne, et ce, pour trois raisons : les manipulations sont très bien exécutées, le sérieux avec lequel le réalisateur Daniel Erickson filme et dirige est bénéfique, et le spectateur, par l'intervention de son imagination, octroie une certaine humanité à ces mannequins sans émotion. Comme l'a déjà dit Ingrid Bergman à sa fille, Isabella Rossellini: si tu ne sais pas comment jouer ta scène, ne pense à rien, la caméra fera le travail pour toi (ou quelque chose du genre).

Plusieurs longueurs sont accablantes - surtout que de faire bouger des mannequins rapidement est terriblement contraignant - on perd donc à certains moments la surprise, devenant alors des instants risibles, absurdes (quoique, en y pensant, tout le film est absurde en un certain sens, mais ça prenait un certain courage pour créer un film comme celui-ci). Un court aurait peut-être été préférable, avec plus de punch. Au final, Eve's Necklace reste quand même un film étrange, aussi sérieux dans sa narration qu'absurde dans son rendu.


20 juillet

1

What the eyes see, and what I see in the eye, is identical.

Je me ravise. 1 est le film le plus atypique de mes choix de festivalier.

Y a-t-il un philosophe en postdoc dans la salle? Parce que 1 est un film qui provoque soit une étrange fascination, soit une incompréhension mélangée à un sentiment de perte de temps. Il serait hasardeux de tenter de résumer le scénario. Disons tout simplement que quatre individus (le propriétaire, la vendeuse, le garçon du ménage et un client potentiel) sont dans une boutique de livres rares (magnifique décor circulaire) à la fermeture. Alors qu'on tente d'inviter l'homme à sortir, tous les livres sont remplacés par un exemplaire unique d'un bouquin intitulé 1. À l'intérieur, que des chiffres, qui semblent être des statistiques. Mais pas d'auteur, pas de distributeur. La police enquête, on fait passer une batterie de tests aux suspects, puis on verse vers une explication surnaturelle ou subconsciente... et dès que le livre est lu par la population, qu'on tente pourtant d'éradiquer, il tue par centaines de milliers.

Vous allez penser que c'est au moment où on parle de phénomènes inexpliqués que le film dérape. Faux. Il a déjà dérapé dès les premiers instants. Le film est basé sur plusieurs niveaux de conscience et de narration. Au premier degré, celle-ci, terre-à-terre, nous entretient de pensées philosophiques et sociologiques, et est parfois d'une complexité déconcertante, devenant un charabia sans fin. Les personnages, quant à eux, sont souvent à peine effleurés, voire carrément oubliés : par exemple, à l'hôpital psychiatrique, on voit des images étranges de jumelles dont on ne sait rien, ou encore, les quatre protagonistes deviennent dingues du jour au lendemain et communiquent entre eux dans leur sommeil... Certains autres sont même particulièrement absurdes, étant totalement uniformes. On y parle de rêves, de sommeil, le chiffre 1 est partout, des poires apparaissent de nulle part (quelle en est la symbolique? Un contraste avec la pomme ?). Les images manquent cruellement d'esthétique, restant glauques, floues, sales, gothiques. Pourtant, sur certains sites, on compare le travail de Pater Sparrow, le réalisateur et concepteur, à Terry Gillian ou au frères Quan. On a du chemin à faire.

Selon plusieurs, dont le réalisateur, ce film devrait être vu plusieurs fois. Il est sensé parler de la vie, de la mort, nous faire réfléchir. Est-ce alors un problème de barrière des langues, de culture? Ce casse-tête existentialiste, inspiré d'une nouvelle de Stanislaw Lem (l'auteur de Solaris - mon Dieu alors que le cinéma russe contemplatif nous manque, au moins les plans sont esthétiquement intéressants), est un labyrinthe satirique sur le chaos social de notre époque, images d'archives à l'appui lors du film. Absolument rien de ce film dense et opaque n'accroche notre imagination, notre sympathie, ni même notre curiosité primaire. On s'accroche, on veut au moins une réponse à une question dont on cherche encore la forme, à la sortie de la salle.

1 commentaire:

  1. C'est peut-être ça la solution : revoir 1, pour comprendre des détails qui nous ont échappé la première fois.

    Je n'ai pas du tout détesté le film, je trouve que la base de l'histoire est intéressante, mais il y a plusieurs morceaux dont je ne comprends pas les liens avec le récit.

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