mercredi 14 juillet 2010

Fantasia Part 1.5 - Tears for Sale

Comme mes prochains films ne sont que dans 4 jours, voici mon billet sur le plus récent film visionné.

13 juillet

Tears for Sale (Director's Cut)

La bande annonce de ce film fantastique serbe m'avait emballé. Début des années 1900 : un petit village isolé de la Serbie n'a pas vu d'homme plus haut qu'un fusil ou avec des dents depuis trop longtemps, ceux-ci ayant été réclamés par la guerre. Les femmes se débrouillent assez bien, mais pour ce qui est des oeuvres de tendresse, d'amour, de procréation, on peut oublier ça. Surtout que tout ce qui reste de "potable" est un grand-père alité. De plus, le village est dangereux : le champ de vignes est en fait un champ de mines, le propriétaire l'ayant miné juste avant de marcher sur l'un de ses propres pièges.

Deux pleureuses professionnelles, la frondeuse Boginja (Katarina Radivojevic) et la naïve Ognjenka (Sonja Kolacaric) sont mandatées de force de ramener un homme au village, après que Ognjenka aie par inadvertance tué le vieil homme de la communauté. Elles partent donc à la chasse, et dégotent deux mâles en tournée, l'un est champion de Charleston (Stefan Kapicic, qu'on a pu voir dans The Unit, Numb3rs et 24) et l'autre, homme canon (Nenad Jezdic). Il sera difficile de les amener au village, encore plus dur de se détacher d'eux, alors que l'amour, le désir et la jalousie s'en mêlent...

Le montage du réalisateur de Tears for Sale est savamment bien orchestré par Uros Stojanovic, même si le scénariste Aleksandar Radivojevic Kicic, qui nous rendait visite, disait juste avant la représentation qu'il manquait encore beaucoup de choses au long métrage pour qu'il soit à leur goût. Quoi qu'il en soit, on apprécie fortement l'humour typique, un brin pince sans rire, et le style très Jeunet dans la narration hors champ, les personnages forts et colorés, la photographie surréaliste et l'histoire fantastique. Le film est essentiellement basé sur le thème du fétichisme de la mort, que les Serbes entretiennent. Tout est relié à la grande faucheuse et au désir inexorable de vivre : le champ de raisin - le vin - est miné et propose une scène finale entre Mister Charleston et Boginja des plus passionnelles, où danse, baisers, feu et explosions entremêlent les concepts de vie et de mort ; on baise de façon suave dans un corbillard qui roule tout seul, à tombeau ouvert si l'on peut dire, on s'accroche aux fantômes masculins qui rôdent, ou encore, les deux personnages principaux sont des femmes qui sont payées pour pleurer les disparus... Malgré quelques invraisemblances, qui nous font nous questionner sur la logique de certains plans et actions des personnages ou quelques trous au scénario, dont certaines peuvent être expliquées simplement par la recherche esthétique et poétique ou par une multitude de métaphores oniriques, le film s'apprécie à sa pleine mesure. Drôle, visuellement très riche, Tears for Sale nous fait découvrir une toute autre partie de l'Europe de l'Est, et la beauté absolument époustouflantes de ses comédiennes... et de leur talent, aussi.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire