lundi 12 juillet 2010

FanTasia, part 1

C'est assis sur le trottoir devant l'Université Concordia, avec mon amie Bloui, que j'ai commencé mon (10e, 11e?) festival FanTasia, ce jeudi 8 juillet, en pleine canicule. Parce que oui, le festival FanTasia, c'est aussi ses files d'attente interminables assis sur le béton, dehors, le dos sur les murs de l'université, à attendre patiemment pour avoir le meilleur siège possible (lire ici, celui qui te permettra de voir l'écran ET qui n'est pas brisé).

Ceci étant dit, voici les quelques premiers films que j'ai pu voir. Ce fut un premier "week-end" très rempli.

8 juillet

IP Man 2

Le film fait suite, logiquement, à IP Man, qui avait ravi les festivaliers l'année dernière. IP Man 2, qui a remporté un succès sans précédent en Chine, attirant plus de monde que Iron Man 2, est une suite plus ou moins conventionnelle. Elle vient, en fait, détailler une partie de l'histoire de ce maître du wu chun, qui n'avait pas été abordé lors du premier film. Celui-ci se concentrait sur la "jeunesse" de l'homme, son ambition, son talent, les années 40 en Chine, la guerre. La dernière scène nous le présentait comme prospère, à la tête d'écoles d'arts martiaux chinois.

Dans ce second opus, on se concentre sur deux moments plus précis de sa vie : sa volonté d'ouvrir une école de wu chun à Honk Kong ainsi que les déboires qui s'en suivent (manque d'élèves sérieux ou disciples récalcitrants, harcèlement des autres maîtres qui lui demandent de payer une somme par mois, puis tentative de gagner le respect de ceux-ci par des combats "amicaux"). Après avoir réussi sensiblement à s'imposer, IP Man doit user de tout son talent contre un adversaire redoutable, un boxeur anglais qui a tué dans l'arène un grand maître chinois, lors d'une démonstration. Loin d'une vengeance, ou de démontrer quel art de combat est le meilleur, il s'agit ici du désir de IP Man de clamer que tous sont égaux, quels que soient leur statut social, et ce, dans une ville sous le joug des Anglais. Un thème cher à Hong Kong, qui nous l'a servi déjà mille fois, mais qui fait intrinsèquement partie de son histoire.

Le film est passablement amusant, très bien réalisé par Wilson Yip (qui reprend du service) et qui fonce directement dans l'action. Les personnages ayant été bien développés dans le premier film, on ne s'attarde donc pas à ce détail précis dans celui-ci. Les scènes de combat sont admirables, parfois époustouflantes, sinon fracassantes. Il est étonnant de voir à quel point IP Man fait tout en son pouvoir pour éviter de blesser gravement ses opposants. Et on le remercie presque, jusqu'à ce que cette grande brute de boxeur arrive... la seule envie que nous avons c'est de crier : allez!! massacre-le!

Mis à part le jeu absolument affreux des anglophones du film, d'un ridicule à mourir, la vitesse de Donnie Yen étonne toujours, et le clin d'oeil à Bruce Lee, à la fin, est savoureux.



9 juillet

Secret Reunion

Corée du Sud, l’agent Lee est sur la piste d'un assassin nord-coréen qui répond au surnom "Shadow". Il finit par le débusquer lors d'une opération, mais le tout se termine en bain de sang. C'est l'un des deux jeunes acolytes du tueur qui l'a dénoncé aux autorités. L'autre, Ji-Song, se voit alors étiqueté comme traître à sa nation. Lee est suspendu, et se retrouve sans emploi. Il se fait tête chercheuse privée, pour retrouver des femmes, des enfants, des clandestins vietnamiens. Six ans plus tard, par pur hasard, Lee tombe sur Ji-Song. Les deux se reconnaissent mais n'en font pas part, et Lee engage Song (pour ainsi l'avoir à sa portée lors de l'arrestation officielle). Les deux finissent par s'entendre, habitant sous le même toit. Mais l'un espionne tous les faits et gestes de l'autre, et vice versa, faisant rapport à leur pays respectif. Mais le quotidien les rapproche de plus en plus. Est-ce qu'ils sauront faire fi de leur nationalité pour se voir comme de vrais frères? Est-ce que Lee pourra redresser sa réputation? Est-ce que Song pourra revoir son pays, sa famille? Est-ce que Shadow pourra enfin être capturé?

Film de Jang Hun (Rought Cut), Secret Reunion a eu beaucoup de succès en Corée, dépassant les ventes d'Avatar. En fait, c'est que le film est typiquement "coréen" : drôle, un peu maladroit, fusillades sanglantes... et duo d'acteurs est génial (Gang Dong-won et l'anti-héros Song Kang-ho). Le film, grand public, ne fait pas exploser les attentes, mais on est totalement satisfait lors du générique de fin.


10 juillet

Mandrill

Juste avant de commencer le film, un des responsables de la sélection des films de FanTasia est venu nous avertir : ce que vous verrez n'a pas été retouché par ordinateur, sauf une seule séquence. Toutes les cascades sont absolument vraies. Et j'avoue, après coup, que c'est plutôt surprenant.

Antony Esposito, surnommé Mandrill, est un homme qui porte la vengeance au coeur, depuis que ses parents ont été assassinés sous ses yeux. Admirateur du héros télévisé John Colt (hybride de Magnum PI et de McGyver sud-américain, en réel kitsch), Antony veut devenir comme lui : élégant, fort, gâchette parfaite, succès incontesté avec les femmes. Apprenant les arts martiaux, s'entraînant au tir, il ne lui manque plus que le charme. C'est son oncle, qui l'élève depuis la tragédie, qui lui transmettra LA technique de séduction, qui utilise les cinq points faibles de la femme : ses cheveux, son parfum, ses yeux, sa peau, ses lèvres.

Mandrill est à la recherche de Cyclops, l'homme qui a tué ses parents. Pour y parvenir, il séduit la sublime fille du tueur, mais tombe amoureux lui aussi. La vengeance est enfin à sa portée, que choisira-t-il? Fera-t-il d'elle une orpheline?

Le troisième film du Chilien Ernesto Diaz Espinoza (après Kiltro et Mirageman) est un hommage à sa manière aux vieux James Bond (1960-1970) - le générique le prouve, Espinoza y remercie les six acteurs qui ont personnifié l'agent secret, en plus de Ian Flemming. La première partie est bourrée de références. Celui qui personnifie Mandrill est Marko Zaror, spécialiste de karaté et de taekwondo, reconnu mondialement pour ses rotations hallucinantes, son agilité et sa rapidité, malgré sa grande taille. Mais l'homme peut aussi jouer, malgré un registre restreint. Il interprète ici avec humour et une certaine aisance cet assassin professionnel, froid mais dénotant d'une profondeur émotionnelle insoupçonnée. Il a un minois irrésistible, mais est un peu prévisible (sauf au combat). Celine Reymond (Dominique) est belle, plausible en fille qui s'ennuie, "prisonnière" de son casino, mais totalement hors sentier en vilaine de service - probablement voulu, pour créer une réelle parodie du genre.

Alors que la première partie du film fait référence, comme je disais, à James Bond, accumulant scènes d'action et scènes de séduction, la deuxième s'accroche totalement au type "série télé affreusement exagéré des années 70". On sature les couleurs, on piège le méchant de façon absurde, et la "Mandrill Girl", vengeresse, se transforme complètement - difficile d'y croire. Mais les combats entre Mandrill et les sbires de Dominique (un géant puis un trio parfaitement synchrone) sont splendides.

Bref, le film se démarque par ses quelques séquences d'action fort convaincantes, à certaines images de cartes postales (lors de la courte romance entre Dominique et Mandrill) à Lima, au Pérou, tout en jouant le jeu de l'humour, marchant entre le pastiche et le risible, aux situations un peu absurdes ou aux répliques catchy.



First Squad: Moment of Truth

Production Russie / Japon / Canada, First Squad n'est pas un film d'animation typique. Il s'inspire d'un personnage de la propagande russe lors de la 2e Guerre mondiale, mais aussi de véritables informations et organisations, dont la 6e Division russe et l'Ahnenerbe, un "institut de recherche" nazi. Le film se concentre sur Nadya, jeune adolescente formée par l'armée russe, qui peut percevoir l'avenir. Elle est la seule survivante de son groupe d'extra-lucides. Alors que la Ahnenerbe tente de faire revenir par spiritisme une armée vieille de 700 ans pour que les soldats allemands puissent passer au travers les lignes russes, on demande à Nadya d'aller dans le monde des morts, retrouver ses amis pour qu'ils puissent aider la Russie lors de ce massacre à venir.

Mélange fantastique, entre histoire et fiction, First Squad est ponctué de plusieurs interventions de vétérans russes, allemand, de psychologues et d'historiens (bien entendu tous fictifs, mais extrêmement réalistes). Pour parfaire le film, les producteurs russes de First Squad se sont associés aux géniaux animateurs japonais du Studio 4°C (Animatrix, Genius Party) pour créer un film fluide, au portrait très réaliste des tranchées russes. L'histoire, parfois déroutante avec sa fausse authenticité, est somme toute passionnante. Nous aimerions par contre développer plus d'empathie envers la petite Nadya, mais le vieux personnage sans nom (Raspoutine?) qui lui sauve la vie et l'homme responsable de la 6e division (le Général Below, un Staline chauve) nous sont sympathiques. J'ai aussi apprécié les assassins de service, des jumelles allemandes aussi belles que mortelles.

L'un des seuls problèmes avec First Squad, c'est le sentiment permanent que le film est un teaser pour une série télévisée, tant parfois l'histoire est dense et que tant de choses pourraient être développées avec ces personnages et cette histoire.

Après l'écriture de ce dernier paragraphe, je vois qu'on annonce plusieurs mangas et de nouveaux longs métrages, donc...


The Message

Début des années 40, la Chine est occupée par le Japon, et est gouvernée par un groupuscule favorable à l'envahisseur. Pourtant, la rébellion est bien présente, et une série d'assassinats chez les hauts placés militaires et politiques fait rage. L'officier Takeda, qui doit affronter la cour martiale nippone pour une bévue impardonnable, tente de se racheter avant le voyage vers la mère patrie en trouvant la taupe, surnommé Phantom, et la tête pensante, Magnum, qui font circuler les informations pour les meurtres perpétrés. Les indices le mènent au centre de contre-espionnage. En faisant couler une fausse information, il établit six suspects, quatre hommes et deux femmes, qu'il invite dans un manoir reculé. Le jeu peut alors commencer.

Le film The Message est bâti comme un film d'espionnage d'époque. Langoureux, lugubre, c'est un véritable jeu d'échecs. On s'accuse mutuellement sans se dénoncer, on se retranche, et Phantom tente désespérément de faire sortir le message annulant le dernier ordre qui mènerait les rebelles dans un piège sanglant. En fait, en tant qu'occidental, je ne peux m'empêcher de comparer le film aux méthodes d'écriture d'Agatha Christie, voire Hitchcock, dans la forme narrative du film, jumelée à une puissante trame politique et beaucoup de sang et de torture. D'une belle facture visuelle, l'élégante superproduction nous plonge dans un récit trouble et sophistiqué, qui n'est pourtant ni excitante, ni déplaisante. Elle nous maintient, mais sans plus, sur le haut d'un mur, d'où on peut voir assez facilement le sol (les réponses). Les acteurs sont extraordinaires, dont Li Bingbing, la magnifique cryptographe, la frondeuse Zhou Xun (que j'ai adoré), le fier Zhang Hanyu et l'excellent Huang Xiaoming, en représentant parfait (en tout point de vue) de l'intelligence nippone.



Technotise: Edit and I

Tout d'abord, un mot sur l'atrocité monumentale qui sévissait comme première partie du film Technotise. Appelé Oranus, le court métrage d'animation type stop-motion de Jelena Girlin et Mari-Liis Bassovskaja est (je crois) un plaidoyer social et politique sur ce que nous sert la télévision aujourd'hui, soit de la merde. Mais le film est en soit une merde pitoyable, un déchet du septième art. Avec une narration complexe et pratiquement incompréhensible, Oranus se vautre dans une histoire scatologique des plus imbéciles, déféquant sur son public de façon morbide, vomissant sans scrupule et sans humour réel ses soi-disant revendications sociales. Bref, les 2 premières minutes sont particulières, on apprécie légèrement le type d'animation subversive, les quelques trouvailles (parodies de pub...) mais les 17 autres minutes sont carrément insupportables. Le public de FanTasia, qui en a pourtant vu d'autres, semblait "outré", blasé, aberré par cette monstruosité sur pellicule. Mon voisin de siège s'est même mis un sac sur la tête, littéralement. Par chance, le film principal était beaucoup plus intéressant (en fait, un écran noir aurait été beaucoup plus passionnant).

Belgrade, 2074. Edit, une superbe jeune étudiante en psychologie, a échoué ses plus récents examens. Le prochain est capital, elle ne doit pas le rater. Elle se dirige donc chez un ami, petit contrebandier, pour se faire injecter une puce de mémoire (illégal, bien entendu). Parallèlement, elle travaille pour une firme de recherche scientifique et tient compagnie à un jeune autiste, génie des mathématiques. Alors qu'elle discute avec son patron, un scientifique qui travaille à l'élaboration d'une formule mathématique pour comprendre l'univers (un peu comme le Boson de Higgs), elle emmagasine l'information d'un graphique qui schématise cette formule. C'est alors que la puce prend possession de son corps, s'infiltrant partout. Elle en vient à halluciner un homme, projeté par son subconscient, qui peut prendre le contrôle du corps d'Edit, la rendant extrêmement dangereuse. Les investisseurs qui financent les projets du scientifique apprennent l'existence de la jeune femme et des possibilités de son nouveau métabolisme pour la fameuse formule, et tentent de la coincer. Elle est heureusement aidée par ses amis, dont son copain Bojan, qui ne pense qu'au sexe, et au jeune autiste qui semble lire l'avenir.

Technotise est le premier film d'animation d'envergure de la Serbie, créé par Aleksa Gajić, bédéiste (Le fléau des dieux). Le style particulier de Technotise emprunte au cyberpunk, style qui a participé à la renommée de la maison d'édition Soleil (pour ceux et celles qui connaissent bien leur BD). Le film est l'adaptation d'un comic book, paru en format 68 pages, que l'auteur a présenté en fin d'étude. Il est d'ailleurs assez différent du dessin animé (Edit est étudiant en art, l'histoire se concentre sur un tunnel à Belgrade, etc.). Quoi qu'il en soit, la trame de Technotise est très intéressante ; son aspect futuriste de Belgrade enchante, même si c'est un peu trop propret. D'ailleurs, c'est possiblement l'une des seules choses que l'on peut reprocher à Technotise au niveau technique d'animation : ce côté très propre, très plat. Certains décors sont magnifiques, remplis de détails, mais les animateurs ont eu beaucoup de difficulté à rendre authentique, voir simplement naturelle, la démarche des personnages. Quelques clins d'oeil fort plaisants sont perceptibles lors du film, dont à Akira (le jacket d'Edit) ou aux DA japonais (les animaux robots qui parlent). L'humour grinçant est très européen, voir typiquement serbe, on réussit à y parler de politique (avec l'apparition de Slobodan Milošević), mais le ton n'est jamais futuro-philosophique, ou moralisateur. Il reste un film plaisant à regarder, malgré ses défauts, et une promesse d'avenir sans précédent pour le film d'animation d'Europe de l'Est.


À venir : Tears for Sale, Black Lightning, The Accident...

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