Je vous transcris ici la critique que j'ai écrite, vous pouvez la retrouver avec quelques photos sur www.montheatre.qc.ca
Neuf est une comédie musicale, une adaptation très libre (voire seulement "largement inspirée") du film 8 1/2, point tournant dans la carrière du réalisateur italien Federico Fellini. Signée par Arthur Kopit (livret) et Maury Yeston (paroles et musiques), d'après le texte en italien de Mario Fratti, Nine (version originale) fut un véritable succès à Broadway, surtout lors sa reprise, en 2003, avec le talentueux Antonio Banderas, raflant 3 Tony Awards (prix décernés aux comédies musicales aux États-Unis) dont pour Meilleur acteur. Traduit et adapté par Yves Morin, Neuf reprend le thème réaliste du film du Maestro, soit celui d'un réalisateur sur le déclin, Guido Contini (Serge Postigo), qui tente de trouver un sujet à son prochain film dont le début du tournage est prévu pour la fin de la semaine. Mais l'inspiration ne vient pas. Et rien ne va plus avec sa femme ; ils décident donc de se rendre dans un spa pour prendre un peu de repos et se retrouver. La maîtresse de Guido, Carla (Emily Bégin) l'attend aussi, ainsi que sa productrice française Liliane la Fleur (Karine Belly) et son associée, une critique acerbe, qui déteste Contini, recyclée dans la production (Patsy Gallant). Sous la pression, il demande à voir sa comédienne fétiche et ancienne maîtresse Claudia (Catherine Sénart) pour l'inspirer... Au monde réel de Guido se mêle ses fantasmes, ses frasques avec la religion, ses souvenirs d'enfant de neuf ans (de là une partie du titre de la pièce, en plus d'un lien avec 8 1/2) découvrant la sexualité et l'amour avec la Sarraghina (Danièle Lorain), et sa mère (Marie Denise Pelletier), figure des figures féminines de sa vie.
D'entrée de jeu, avec le nombre de comédiens sur scène, on sent déjà que la scène est trop petite pour contenir une telle production. Et celle-ci en souffre, principalement au niveau du décor, qui semble coincée, étouffer. Les éléments de la scénographie sont principalement inspirés du film, avec cet escalier en béton (la maison familiale de Guido), ses boules blanches et bleues des années 60, suspendues, et des échafaudages (en deuxième partie), rappelant les rampes du vaisseau spatial de 8 1/2. Côté voix, pratiquement impeccable : dès les premières notes, nous avons droit à une chorale, toute féminine, claire, juste et très harmonieuse. Tout le reste de la pièce ne sera pas sans reproche, mais la plupart des comédiens-chanteurs ont la chance de faire valoir leurs excellentes voix, de Serge Postigo (fantastique) à Estelle Esse (un peu classique, mais efficace), Emily Bégin (sexy) à Catherine Sénart (enchanteresse). Le jeu n'est pas en reste : mademoiselle Bégin joue l'allumeuse d'une façon un peu burlesque mais avec beaucoup d'érotisme, Estelle Esse semble coincée dans son personnage de Luisa, qui pourrait jouer plus facilement sur l'ironie ; elle interprète néanmoins son rôle avec aplomb. Postigo habite totalement son personnage, dégageant une énergie de tous les diables. La plupart ont un léger accent italien, qu'ils perdent malencontreusement à un moment ou à un autre du spectacle, surtout dans les chansons. La scène la plus touchante est probablement celle qui réunit pour la première fois Claudia et Guido : Catherine Sénart joue la grande actrice divinement, Postigo est au bout de lui-même et enfin, leurs chansons et leurs voix nous font frémir pour leurs personnages.
Les costumes de François Barbeau sont toujours aussi élégants, finement travaillés et tape à l'oeil - certains sont terriblement sexy et révélateurs, surtout au niveau des jambes - dont certaines sont dignes des Folies bergères..
On retrouve, au niveau de la mise en scène de Denise Filiatrault, plusieurs clins d'oeil à Fellini, dont les fameux paparazzi, et son excommunion (à cause de La Dolce Vita - Carla (Emily Bégin) emprunte d'ailleurs un peu au look de Anita Ekberg). Malgré un rythme soutenu, des chorégraphies travaillées, il est difficile de passer à côté de certains clichés, et essentiellement tout est superficiel : on se concentre sur les aventures amoureuses de l'homme, de sa femme qui pourrait être une représentation de sa mère BCBG, de son amante qui ne veut que son divorce pour l'avoir à elle toute seule et de cette actrice qui représente l'apogée de son art - alors que la véritable crise est intimement personnelle, artistique, créatrice. Ceci étant dit, le spectacle fonctionne bien et est divertissant (sans que pour autant une chanson reste collée aux parois de notre cerveau). Comme l'a dit ma voisine durant le spectacle, c'est un bonbon d'été, un popsicle trois couleurs, qui marchera certainement autant à Montréal qu'en tournée.-----
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