jeudi 6 décembre 2007

Retour sur la désillusion

Grâce à une rencontre hier, avec une amie à propos d'un projet de développement de soi, je me suis requestionné sur mes désillusions relationnelles. Mes réflexions m'ont fait comprendre quelques trucs, m'ont amené sur des traces que je me devais d'explorer. L'un de ces sentiers m'a indiqué que mon désarroi va beaucoup plus loin que la simple mais implaquable perte de la foi en l'amitié. En fait, c'est beaucoup plus complexe que ça.

Tout d'abord, je dois dire que je tiens encore mordicus à quelques trucs que j'ai exposé. Je pense toujours que l'amitié, la véritable, se situe entre 7 et 23 ans. Qu'ensuite, ben... ca dépend des gens. Certains, obnubilés par le marché du travail, optent pour des relations professionnelles intimes. Comme je l'expliquais, ces gens entretiennent des relations qui leur procurent quelque chose en retour. Plaisir, récompenses, culture, avancement, possibilités. D'autres arrivent, par des valeurs plus profondes, à joindre synonymement "famille" et "amis". Mais moi, je me situe où exactement? Après 30 ans, que recherche-t-on, que cherche-je dans une relation amicale?

Je parlais, dans mon autre billet, de mon sentiment de "donner sans recevoir". Qui suis-je finalement pour calculer ce que je donne versus ce que je reçois? Comment quantifier une relation? Comment attendre quelque chose en retour quand l'amitié est sensé être une relation altruiste?

Je me suis déjà décrit, un jour, comme un traversier, qui aide les gens que je rencontre à quitter le point A pour le point B. Puis, du bateau, je les salue, eux qui continuent vers un soleil levant radieux. Ça fait partie d'un syndrôme familial que j'ai nommé le Syndrôme du superhéros. J'en exposerai les principes dans un autre billet, si vous me le permettez.

Puis, j'ai pensé au concept "ami". Je crois que les "amis" se présentent dans notre quotidien comme un escalier. Certaines personnes sont sur des marches "connaissances", d'autres sur "je fais telles ou telles choses avec elles" et certaines sont sur "je peux lui parler sans me censurer". Reste à savoir comment appeler cet escalier. Et savoir qui laisser monter tout en haut, et à qui on ouvre certaines portes de l'étage.

Parlant de quotidien, il y a aussi les amis "parce qu'ils habitent proches" ou "locaux" et des amitiés qui fonctionnent malgré la distance. Je pense à une personne en particulier. On ne s'est jamais perdu de vue, mais on joue au yoyo sur la distance qui nous sépare depuis qu'on se connaît. Pourtant, je sais pertinemment que je prendrais une balle au coeur pour cet homme. C'est un sentiment rare, que je chéris. Et j'espère qu'il ferait pareil. Je ne sais pas, j'espère : je ne veux surtout pas prendre pour acquis que quelqu'un pourrait agir comme ça autour de moi. Et je ne voudrais jamais lui demander de le faire. Mais combien de personnes, dans notre vie, allons-nous rencontrer comme lui? Peut-être 2, 3?

Il y a des gens dans mon entourage que j'aime profondément, intensément, au-delà de ce qu'ils et elles pourront jamais imaginer. Je suis encore dans leur vie parce qu'ils ont fait de la mienne un moindre mal à supporter. Il y a des gens dans ma vie qui, s'ils ou elles quittaient, me verraient m'effondrer. Certaines sont parties, et j'en ressens encore beaucoup de chagrin et d'incompréhension. Celles qui restent, je tente du mieux que je peux de les gâter, les chérir, les faire rire et les rendre heureux et heureuses. Mais parfois, ma générosité me joue de sales tours. Mon énergie se vide, mes batteries sont à terre, et le miroir des vertes prairies se teinte en un décor fané, noirci, détruit.

Je me suis rappelé une petite chose dernièrement : il y a quelques années, j'étais seul une nuit, puis je me suis mis à trembler de fièvre. Un tremblement de corps de force 6 sur l'échelle de Richter. Je paniquais, carrément. Les dents serrés, j'ai attendu que ça passe.

Et s'il m'arrivait quelque chose? Qui pourrais-je appeler? J'ai fait l'exercice hier, et la réponse a été stupéfiante.

Personne.

Je ne pourrais appeler personne à 3 heures du matin. Je dérangerais certains, d'autres me seraient d'aucune utilité (aucun transport, trop loin...). Je serais sérieusement dans de beaux draps. Pourtant, ce n'est pas les personnes qui manquent... Est-ce que je me censure moi-même? Ou est-ce vraiment un problème extérieur à moi?

J'ai encore beaucoup de chemin à parcourir sur ces remises en question. Est-ce que ce blog m'aide ou me nuit? Je n'en ai aucune idée, mais il m'aide à réaliser concrètement ce que je pense, même si parfois j'y vais un peu fort. Il faut quelquefois brasser la cage un peu plus fort...

Amis, amies, connaissances, copains, copines, soyez heureux, profitez pleinement des gens autour de vous, profitez intensément de leur présence et laissez-les profiter de la vôtre. Car la solitude, malgré sa nécessité parfois, et une amie bien froide. Je la connais bien, et elle m'appelle même par mon prénom quand on se voit...

7 commentaires:

  1. Je n'ai pas de réponse certaine à t'apporter, je peux par contre oser te dire que tu ne réalises peut-être pas pleinement l'amour que certains te portent.
    Car moi, je le prendrais le taxi pour te soigner à 3h du matin.

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  2. Sérieusement David, tu peux m'appeler anytime si tu es dans le trouble.

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  3. Facile à dire, mais tu pourrais peut-être commencer par saluer certaines personnes que tu croises très régulièrement, qui te portent une estime, mais que tu traites ostensiblement comme un bout de marde. Blessant. Facile de se laisser charrier dans le merveilleux monde théâtral, avec ces pseudo amitiés qui seulement ne passent jamais le pas de la porte. Tout parait teeeellement beau. Mais gratte donc un peu le vernis du paraître, et que voilà la plus profonde des vacuités. Des relations très intéressées, comme tu dis.

    Mais souvent les personnes les plus honnêtes, sont celles qui ne jouent pas cette « game », qui portent qualités et défauts gros comme le bras, mais avec au moins l’avantage de la sincérité.

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  4. Cher Anonyme,

    Votre commentaire est cru, mais je le respecte. Par contre, je ne crois nullement traiter comme de la «marde», comme vous dites, les gens de mon entourage. Si c'est le cas, je veux des noms, et le vôtre pour commencer. Il est si facile de se cacher sous le couvert de l'anonymat quand on décide d'écrire ce genre de choses.

    Si je joue une game, je questionne justement ses règles par mes billets sur mon blog. La sincérité fait partie de ma vie, ainsi que l'honnêteté et la fidélité. Si vous pensez le contraire de moi, et que vous croyez faire partie des gens de mon entourage, c'est que vous me connaissez bien mal.

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  5. Au nombre de fois que je te croise, toujours au théâtre, je ne suis pas difficile à trouver. Mais je ne veux pas régler ceci sur un blog, je déteste cet étalage de vie privée. C'est la seule raison de cet "anonyme". À la prochaine rencontre, si tu n'a pas déjà allumé (et ci c'est le cas, prière d'utiliser le courriel), je vais me (re) présenter sans aucune hésitation.

    À bon entendeur.

    P.s et puis, en passant, ne fais pas de conneries, tu sais les mauvaises passes, ça finit toujours par passer. Je sais de quoi je parle...

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  6. Je ne lis que trop peu souvent ton blog et aujourd'hui, après le petit coup de pied au derrière que je me suis donné cette semaine, je lis ça, et ça fait réfléchir. Si dans un sens, je comprends l'ensemble de ce que tu écris, dans ce billet et dans l'autre sur ta désillusion, d'un autre sens je me demande si tu ne cherches pas à donner trop de sens à un sentiment qui ne peut pas en avoir. Je compte mes véritables amis sur les doigts d'une seule main, famille à part. J'en compte encore moins, si ce n'est aucun, pour qui je ferais tout, comme ton ami. "Ami" ne prend que le sens que tu lui donnes; si tu lui donnes le sens de ta vie, si tu lui attribues toutes les responsabilités, alors tu demanderas trop de ceux que tu appelles amis. Si tu lui donnes un sens simple, si tu n'attends rien en retour, alors tes amis te rendront heureux. J'y ai dernièrement donné un sens simple, lorsque j'ai fait le point sur toutes ces personnes loin de moi avec qui je n'arrive pas à conserver quelque lien que ce soit, et sur les quelques unes qui sont près de moi, mais jamais aussi importantes à mes yeux. Mes amis sont là pour que je me sente bien. Si je ne me sens plus bien en leur présence, c'est qu'il y a un autre problème à régler. Ils sont là pour rendre la vie plus légère, pour alléger le poids d'une vie professionnelle et familiale parfois trop lourde, pour simplement nous changer les esprits. Ils sont là pour nous, et je crois qu'il est faut de faire une mise au point sur ses amis sans leur en parler à eux. Eux-seuls savent ce qu'ils feraient pour toi, et ce n'est parfois pas possible à évaluer par soi-même. Fait l'exercice : demande-leur. Certains mentiront, d'autres seront honnêtes, et d'autres pourraient te surprendre. Peut-être alors te sentiras-tu moins seul.

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  7. l'amitié, c'est un concept très complexe. je crois qu'à la millième trahison, j'ai fermé mon cœur. dès que je m'approche d'une personne, je m'éloigne simultanément. c'est des questions très graves que tu poses. je pense particulièrement aux amis d'enfance avec qui on partage des souvenirs très lointains, mais en général, on a grandi et on s'accroche à ce passé si... réconfortant. j'espère qu'il existe vraiment des gens avec qui on peut s'abandonner totalement sans que ça tourne mal ou que l'amitié soit remplacer par l'amour. enfin, je dis n'importe quoi.

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