jeudi 6 septembre 2007

Septembre et sa folie, la guerre et la jeunesse retrouvée

C'est en septembre
Que l'on peut vivre pour de vrai...


Bécaud avait raison, c'est définitivement en septembre, quand la plage est désertée et que le sommeil se fait hésitant, que nous retrouvons nos souliers cirés pour la marche du travailleur impénitent...

Septembre est arrivé et il m'a aggripé solidement. Fini les vacances bonhomme, c'est le temps de rattraper tes deux mois de pognage de derrière.

Voilà en partie pourquoi j'ai pris tant de temps à écrire ici. Avant que je vous dévoile une des autres parties qui m'a retenue, laissez-moi faire une petite brève qui m'a touché et dont je voudrais parler :

_______________

Brève

Voilà quelques jours sinon semaines, le journaliste de Radio-Canada, et son caméraman, Charles Dubois, ont été victimes d'un attentat près de Kandahar. Trois morts, dont deux soldats canadiens ; Dubois a dû être amputé, et M. Roy a subi un violent choc nerveux.

J'ai un profond respect pour les soldats au front, mais surtout pour messieurs Roy et Dubois, et tous les journalistes de guerre qui surmontent des épreuves terribles pour nous présenter des images difficiles, crues, d'une réalité qui nous échappe. Ils affrontent, tous les jours un danger imminent, une pression atroce, des balles perdues ou preneuses, la haine, la pauvreté, la détresse. Le "thrill" doit être incroyable. Mais comme citoyen, jusqu'à quel point avons-nous besoin d'envoyer des journalistes au coeur des combats? Est-ce réellement une quête de vérité ou du voyeurisme à son paroxysme?

Depuis toujours, les rapporteurs, les journalistes, avaient le privìlège d'être intouchables (à moins d'être photo-reporter en plein Bérouth et de se retrouver sous les décombres d'un attentat, ce qu'on appelait un "dommage collatéral"). On ne tirait pas sur un journaliste ou un caméraman. Maintenant, depuis cette guerre sale au Moyen Orient, il n'y a plus rien de sacré. Le journaliste est protégé par l'ennemi? Il en fait partie. Kill. Aussi simple que cela. À quand les missiles contre les Casques Bleus et la Croix Rouge/Croissant rouge? C'est amoral et répugnant. Mais ça me déchire : autant je respecte et vénère ces gens qui sautent dans le feu de l'action pour rapporter les histoires, les images, une partie de la vérité, autant je me demande jusqu'à quel point on leur en demande...

________________

Le week-end dernier, lors de la fête du Travail (d'ailleurs l'avez-vous fêté Travail? pauvre petit, il a un week-end à lui seul et je suis sûr que personne a pensé à l'appeler pour lui souhaiter bonne fête) je me suis retrouvé à Jonquière.

Bon : c'est où Jonquière? Jonquière, maintenant fusionné avec quelques villes dont Chicoutimi, s'appelle Saguenay ; c'est au Saguenay, sur le bord de la rivière Saguenay. Pas compliqué. À 6 heures de Montréal en voiture, ce n'est qu'après un interminable parc qu'on y arrive enfin.

Pourquoi j'y étais? Ah voilà la bonne question.

En 1997, je terminais mon DEC (Diplôme d'études collégiales) en Art et technologie des médias *ATM pour faire plus court*, avec mon diplôme en communication, spécialisation radio (animation et technique) en poche. Les trois ans que j'y ai passés ont changé ma vie. Dans ma petite ville natale, j'étais étiqueté nerd de service. Mes lunettes à la Clark Kent n'aidaient pas beaucoup. On festoyait même quand une personne dépassait ma moyenne générale (cas vécu). J'étais rien. J'avais peu d'amis, et l'amour était loin d'être accessible. Quand je suis enfin arrivé au bout de mon enfer, de mes cinq années à me fendre les fesses dans cette foutue école, j'ai pu choisir entre deux institutions : un collège privé à Trois-Rivières (ville à 35 minutes de chez mes parents, là où allaient mes deux meilleurs amis) et Jonquière, à 5 heures de route. Le choix ne fût pas trop difficile : c'est l'éloignement dont j'avais besoin, qui se présentait de lui-même. Alleluia.

Arrivé sur place, je n'étais plus le nerd, j'étais en fait personne. Et ça me plaisait terriblement. Je pouvais enfin devenir quelqu'un. Repartir à zéro. Je me rappelle encore de ce premier contact féminin (un simple toucher sur mon bras après une blague et un fou rire), de ce premier baiser à la cafétéria, de ces party qui n'en finissaient plus, mais je me rappelle surtout des gens, de ces personnes qui ont, de près ou de loin, changé ma vie à jamais. Si je suis qui je suis présentement, c'est bien grâce à eux. J'y ai trouvé une famille, nombreuse mais si attachante et dévouée... Quand est venu le moment des stages, et que chacun a pris les routes du Québec, j'ai déprimé. Moi qui restais à Chicoutimi, j'ai vu tous mes amis partir, et ça m'a fait un mal de chien. Tellement que j'ai refusé le poste qu'on me proposait à la fin de mon stage pour retourner chez mes parents.

2007, 10 ans plus tard.

Je suis un saumon, qui remonte le courant du traffic pour revoir ma belle Jonquière adorée. C'est le party des retrouvailles, sur un site de villégiature à la sortie de ma ville d'étudiant. J'y vais avec deux amis, que je fréquentais peu en 1997, mais que j'ai appris à connaître dernièrement et que j'apprécie beaucoup. Petite visite éclair dans la ville... que tu changes, ma belle, quand on se voit pas. Une nouvelle garde-robe? Pourtant je retrouve des coins que je connais, d'autres que tu as changé, petite vilaine. Mais je t'aime encore, trop. Tu le sais. Le soleil te fait resplendir de santé, le ciel te rubanise du plus beau bleu. Tu me rappelles de trop bons souvenirs, comme ce premier rendez-vous au cinéma, au coin de ma rue, ce premier baiser avec ma première vraie amoureuse sur un rocher en arrière du Mikes, la Rivière au Sable et la croix du Mont-Jacob devant laquelle j'ai tant pleuré mes amours déchues. Je suis sûr que la rivière est encore salée. Tes froids arctiques, ta faune étudiante, ta joie de vivre, tes conneries de jeunesse, mais surtout les miennes de conneries...

Petit cocktail en arrivant, déjà une vingtaine de personnes sur place. Hey! T'es rendu où, qu'est-ce tu fais? t'es marié(e), t'as des enfants? Je rêve : voilà Boune et Socrate, que j'aime tant. Ma belle Marie à la voix d'ange, Tintin, Frigo, Steve, Nicole, José, Seb, Josée, Nat, Karine, Max, Louis, Martin, Stef, Jeftrep-coco rasé, Nicole2, Catherine-ma-réalisatrice-préférée, Seb2, Étienne, Valérie, les nombreuses Claudine, Bridget, Mat, Stéphanie A, Henri, Seb le grand, Sylvie-King Crimson, Dan, Ben, Maryse, Mancheron mon roi, Mireille, Isabel-enceinte et si belle, S-A, Fadelle, Carol, Sophie, Vincent, R-C, Amélie, Gorette, Gen, Marie-Eve, Guylaine... Accolades à n'en plus finir. Vous m'avez tant manqué. En voilà d'autres! Mais bordel où étiez-vous tout ce temps??

On a parié à savoir si j'allais emmener ma guitare (eh oui, je l'avais), on joue sur le bord du feu de camp, on chante jusqu'à 1 heure du matin. On se lève, je déjeune avec Nicole au Mikes près de mon ancien appartement, et on visite le pavillon d'ATM, au cégep. C'est un choc monumental. Mis à part la petite cafétéria (qui était en fait le quartier général des étudiants en radio) et les toilettes, tout à changé. Bien entendu, quand on injecte plus de 20 millions en réno... Des studios télé à la fine pointe de la technologie (et dire que dans notre temps on se battait pour avoir la bétacam qui tombait en morceau)... Personnellement je me rappelle qu'on faisait nos montages sonores sur du ruban magnétique, avec un bon vieil exacto et du ruban à coller... Un ordinaquoi? Aujourd'hui, les jeunes ont des mini-studios avec caméra web... Impressionnant.

Retour au camp, petite balade en nature, souper, boisson, danse (Me Mom, NIN, Nirvana... on est une gang de trentenaire qui se garoche partout... pathétiquement drôle)... et on se couche à 5h30 du matin (personnellement). Dernier petit déjeuner familial, et on quitte pour retourner chacun chez soi.

Pendant ces 2 jours, presque 3, j'avais 19 ans. Personne n'avait changé, physiquement ou mentalement - impressionnant. On était tous les mêmes. La chimie de l'époque était encore là, c'est comme si seulement un été nous avait séparé. J'étais si heureux de revoir certains d'entre eux que j'en bégayais. C'était si étrange et euphorisant en même temps... J'ai pu être le David de 1997, encore une fois dans ma vie, et juste pour ça, ça valait la peine d'avoir vécu jusqu'à 30 ans.

Ça fera presque une semaine maintenant, et je vis encore cette petite dépression que j'avais ressenti en 1997. Ils me manquent déjà, tous et chacun. Si vous me lisez, gens d'ATM, vous faites partie de ma vie, de mon coeur. Merci, merci maman d'avoir accouché de moi en 1977. Merci Providence de m'avoir fait écouter la radio un matin banal et de m'être dit : ça a l'air cool comme job ça...

L'an 2017 pour les 20 ans semble si loin...




Quelques autres photos

2 commentaires: