lundi 11 juin 2007

Un petit pas pour l'homme, partie 2

Mai 1997 : quelques éphémérides

* 1er mai : Large victoire des travaillistes au Royaume-Uni : Tony Blair remplace John Major.
* 11 mai : L'ordinateur IBM « Deep Blue » bat Kasparov champion du monde d'échecs.
* 17 mai : Victoire de Laurent-Désiré Kabila au terme de plusieurs semaines de combat au Zaïre, qui (re)devient la République démocratique du Congo.
* 20 mai : Décès de Virgilio Barco Vargas, président de la République de Colombie de 1986 à 1990. (° 17 septembre 1921).
* 23 mai : Victoire d'un modéré aux élections en Iran : Mahammad Khatémi.
* 25 mai : Référendum pour la « Padanie » organisé en Italie par la ligue du Nord de Umberto Bossi.
Coup d'État en Sierra Leone, durant la guerre civile, qui oblige à l'exil le président élu Ahmad Tejan Kabbah.
* 27 mai : Signature d'une charte entre l'OTAN et la Russie.
* 29 mai : Décès de Jeff Buckley, chanteur

Et mai 1997 : retour de David au bercail familial après 3 ans d'exil.

Je n'étais pas très fier de mon état. À 19 ans, j'aspirais à autres choses que de me retrouver en campagne profonde, chez mes parents. J'aime les montagnes, l'air pur, mais bordel que la vie mouvementée, les événements culturels, le monoxyde de carbone et le béton gris me manquaient. Ce qui m'a sauvé (un peu) la vie, c'est une découverte gigantesque que j'avais fait en 1995 : non, pas celle que le Québec n'était pas encore prêt à prendre en main sa destinée (une victoire du Non au référendum à l'arraché - 50,6%) mais plutôt l'Internet. Ah! la magnifique invention à laquelle je suis maintenant pluggé in vitro. Une bébelle technologique qui a changé non seulement virtuellement, mais littéralement le monde - surtout le mien. Disons qu'après le BBS (babillard électronique, genre d'écran noir plate en mode DOS où l'on pouvait discuter - mon meilleur ami et moi passions des heures à parler avec des filles à.... 20 km de chez nous, pathétique rare) on pouvait entrer dans des "vraies" salles de chat (tchattt) où, sous la merveilleuse couverture anonyme d'un pseudo, on rencontrait d'autres gens anonymes aux pseudos plus bizarres les uns que les autres. Mais de ces pseudos, un m'a frappé. Elle s'appelait Bécassine. D'un commun accord, on a décidé de se rencontrer. Elle habitait la rive sud de Montréal, et j'allais au Festival de Jazz, heureuse coïncidence...

Au départ ce n'était qu'une rencontre entre deux amis virtuels, sans plus. Puis, je suis arrivé chez elle. On fêtait l'anniversaire de sa maman. Au menu : salade de bébé pieuvres et homards cuits sur le feu de bois. Moi qui n'avais jamais mangé de fruits de mer... Ça s'annonçait comme le jeûne ultime de la semaine. La salade a drôlement passé (je pouvais sentir les ventouses s'accrocher aux parois de mon oesophage, et le homard goûtait vraiment bizarre...) mais ce fut plutôt la Bécassine qui m'avait enchanté. Quelques jours plus tard, elle m'appelle chez mes parents :
- Ca te tentes-tu de partir quelques jours?
-Où?
- On va faire le tour de la Gaspésie!
- ok.Ok... ok!! Surpris de ma réponse, j'ai sauté dans l'aventure à pieds joints, trop heureux de sortir de la maison familiale et partir avec cette nouvelle future conquête.

Elle est arrivée un jour de juin avec sa Volks déglinguée. Encore aujourd'hui, je me demande comment on s'est rendu, après avoir déjà été (un an plus tard) en "difficulté temporaire dû à un bris mécanique récurrent" en plein carrefour hyper achalandé de Montréal. On a rempli la voiture et bonjour les vacances! Après 3 ans de fête, d'études intensives et de stress, j'en avais besoin.

Peut-être même un peu trop. J'ai dormi pendant le trois quart du voyage. Un bel épais. Si j'ai vu la Gaspésie? Dans mes rêves, oui! La tête accotée sur la vitre du passager, voir le paysage défiler m'hypnotisait. Et hop je fermais les yeux et je partais dans les vapeurs du sommeil. Pour contrer cet état irrespectueux, on a décidé de mettre de la musique revigorante : AC/DC, rien de moins. Bécassine et moi ne sortions pas encore ensemble, il n'y avait pas eu de rapprochement, mais je suis sûr que ce qui l'a séduite complètement est mon numéro de clown qui se fracassait la tête à coup de sandale pendant Thunderstruck, en criant comme un eunuque pris dans un broyeur à déchets. Irrésistible.

De ma petite bourgade, on a fait tout le chemin sur la rive nord du fleuve St-Laurent. On s'est arrêté quelques jours au chalet familial de Bécassine à La Malbaie : vue imprenable sur le fleuve, c'était majestueux. Puis, cap sur Baie Comeau, où on a couché dans une tente, dans la cour arrière de parents d'amis. Ils nous avaient offerts le sous-sol, mais on voulait tester la tente. C'est ce qu'on appelle des "folies de jeunesse". On a pris le traversier direction Matane, puis petit dodo à Ste-Anne-des-Monts, pour poursuivre notre périple vers Gaspé et notre premier vrai coup de coeur : Percé... Ahhh Percé. Là où j'ai failli perdre la vie au bord d'une falaise, en tentant de retenir ma tente, que le vent du large tenait dans ses filets et tentait d'amener vers la mer. Bien entendu, la belle n'a rien vu, occupée à se doucher. Je sais maintenant ce que ressent un homme en deltaplane qui ne sait pas comment atterrir. On a continué vers le sud, on a dormi gratis à Carleton (personne à la porte d'entrée du camping le soir, ni le lendemain matin : zouuu ni vu ni connu!), traverse des terres du Bas St-Laurent et retour à La Malbaie, où nous avons passé pratiquement une semaine à mieux nous connaître, du moins plus intimement. Nous avons alors décidé mutuellement de déménager en ville, à Montréal, pour fuir notre nid familial. Il ne faut pas lire ici que nous nous y plaisions pas, mais à un moment de la vie, il faut couper définitivement le cordon au risque de faire du bungee inutilement. On a jeté notre dévolu sur un petit 4 et demi dans Verdun. Quartier malfamé à ce moment-là, mais le loyer était quand même propre et pas cher. On a habité deux ans ensemble, se séparant lors de la 2e année. Bizarrement, nous faisions chambre à part, ça a aidé un peu, surtout pour la déco : chacun nous trucs! Mais cette femme était particulière, et est restée une amie très chère. C'est tout dire : j'ai été témoin à son mariage...

À suivre : la rencontre d'une déesse et la descente aux enfers... je me prends pour Orphée ou quoi?

1 commentaire: