mercredi 20 juin 2007

Un petit pas pour l'homme, 3e partie

Où en étais-je?

Ah oui, 1999.

Mon errance dans le cosmos du célibat pour une deuxième fois.

Je devais donc déménager de ce premier appartement montréalais. Où on va quand on est à Verdun? Ben on reste à Verdun... Mon frère, de cinq ans plus jeune que moi, s'amène avec son lit et ses dix millions de cassettes vidéo. Je suis content alors d'avoir un coloc que je connais, je suis moins content que ce soit mon frère. Pas que je ne l'aime pas, au contraire, je l'adore (je les adore, j'en ai 2). Mais une relation fraternelle est toujours plus intense qu'une relation amicale.

Il y a aussi plusieurs changements dans ma vie. Nouvel appart, nouveau quartier, nouveau travail - une boutique spécialisée dans les décorations de Noël (oui oui, j'en étais le lutin officiel - mon nom est encore sur la façade du magasin), nouveaux amis, nouveaux loisirs. Un collègue de la boutique me propose de faire de la radio dans une station communautaire, le temps que je suis chômeur (soit entre janvier et mai) ; je trouve l'idée excellente. Ça va me remettre sur les rails de ma réelle profession et me divertir un peu. Par un hasard dont seule Miss Coïncidence a le secret, je me rend à la radio CINQ FM, une radio multilingue. On est au milieu de l'après-midi, c'est un grand mince hébété qui me reçoit. Quand je lui dis que j'ai déjà fait de la "rééédio", ses yeux s'exorbitent. Il me pousse dans une cabine d'enregistrement pour me "familiariser avec l'équipement". L' "équipement", que je mets entre guillemets, datait de l'arrière-grand mère de Matusalem. Pris d'un fou rire, je pitonne ici, je fais tourner quelques boutons là... Après dix minutes, le garçon revient me voir et me dit : "viens, tu vas faire la mise en onde du retour à la maison". Dans le jargon radiophonique, le retour à la maison est l'émission diffusée habituellement entre 16h et 18h. Je le regarde, d'un air jovialement estomaqué, et lui demande : darpon? euh, pardon?

J'ai donc commencé à faire de la radio. De la mise en ondes, pour commencer, puis quelques chroniques artistiques et finalement de l'animation. Pendant deux belles années. Durant ce temps, j'ai rencontré une très jolie blonde, avec qui j'ai pu m'apercevoir que je pouvais faire des choses intimes dont je ne me doutais pas. ** tiens ça me rappelle

Conseil no 12 : ne jamais dire à un homme avec qui vous venez de coucher que vous êtes le cinquième dans la semaine. C'est un peu vexant.

On est tout de même resté amis. D'ailleurs si par hasard elle me lit et se reconnaît, redonne-moi de tes nouvelles!

C'est alors qu'un matin, aidant quelqu'un à la mise en ondes d'une nouvelle émission, je l'ai vu. Elle fumait à l'extérieur du studio, en attendant de retourner à l'animation de son émission matinale. La place s'est vidée de toute sa substance pour ne garder que sa présence. Ses cheveux roux bouclés emflammaient l'air ambiant, ses yeux pers transperçaient tout ce que j'avais de peau et de confiance en moi. Certains appellent ça un coup de foudre, j'appelle ça un putain de matraquage.

Mais comment me faire remarquer? J'avais beau aller la voir où elle travaillait, lui demander une sortie au cinéma... Rien n'y faisait. Un jour, par manque de contenu radiophonique, je suis arrivé à cette même émission du matin, guitare en main. Elle me demande : tu joues? Je lui réponds que oui, je me débrouille. Je me rappelle très bien de la scène qui a suivi. Pour commencer le show, j'ai chanté une composition originale, appelée La pomme et le serpent. J'étais debout derrière la console, guitare en bandouillière, chantant :

Danse danse, bouge rampe lèche, le sensuelDanse au rythme du ventC'est l'histoire de la pomme et du serpent...

Puis, je distingue deux mains dans la vitre séparant la régie du studio. Puis une paire de yeux pers, des cheveux de feu, un visage énigmatique. J'ai failli perdre mes moyens. Seulement failli, j'ai tenu le coup. C'est à ce moment que j'ai compris que mon instrument était une formidable armure. Je sentais aussi qu'on lui tirait le bras : son coanimateur voulait partir, il lui donnait un "lift". Elle dût quitter, l'air véritablement déçue (pour me dire plus tard qu'elle a demandé au conducteur de stationner la voiture pour entendre la fin de la chanson à la radio). Je me risque encore une fois à une invitation : elle accepte. Une guitare, les mecs, fait souvent des miracles... Voilà que le même instrument qui me faisait rencontrer ma première copine à vie, me permettait d'avoir un rendez-vous avec une deuxième demoiselle. Je chéris ce morceau de bois gazouillant.

On se donne rendez-vous dans un resto de la rue Ontario. J'arrive : elle lit Les Fleurs du mal de Baudelaire. Je m'assois. On parle, on mange, on boit surtout. Je me lève pour me diriger avec difficulté vers la salle de bain, je tente sans succès de replacer droit un miroir qui n'était pas du tout croche. Elle rit. Et je termine la soirée dans ses bras.

Puis elle me demande une chose : de lui jouer Quicksands, de Bowie, à la guitare. Genre : l'unique condition pour avoir son coeur. Sauf que je n'avais jamais entendu cette chanson, mis à part une fois au travers son walkman. J'ai réussi à dégoter les partitions et à la pratiquer quand elle n'était pas avec moi. J'ai tout de même pu réussir à la jouer correctement (nul ne sait comment), et la belle me prêta son coeur, pour 4 années.

Quatre ans, la plus longue relation que j'ai eu jusqu'ici ; la plus belle, la plus mouvementée. Une cicatrice que je chéris. Je trouvais et trouve encore qu'elle est l'une des plus belles femmes du monde. Une déesse mortelle. On ne se voit plus, malheureusement. Dassin avait raison : on s'est quitté sans penser à demain. Un demain qui est venu beaucoup trop vite...

Je suis toujours dans l'appartement qu'on a occupé ensemble, après être parti d'un logement immense qu'on occupait avec ses deux soeurs et leurs copains respectifs. Les couleurs qu'elle avait choisi sont encore sur les murs, la dispositon des meubles a à peine changé...

Prochaine partie : réappropriation du lieu, rencontres et autres surprises...

1 commentaire:

  1. Ha ! J'adore tes récits ! L'anecdote de la blonde volage est impayable.

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