mardi 19 juin 2007

Qui veut mes belles bébelles?

Au temps du Far West, les affiches des villages perdus et malfamés offraient des récompenses pour des têtes mises à prix. Aujourd'hui, les affiches qui tapissent les murs des ruelles, les poteaux de téléphone et autres endroits susceptibles de recevoir quelques agraffes dans le dos nous proposent complètement autre chose, qui peut se répartir en trois catégories :

- les affiches culturelles (films archi connus, groupes de musique locaux, tels "Les marmottes spectaculaires" ou "The Preacher's Wife is my slutty machine gun", ou encore des événements spéciaux - je vous laisse les imaginer)

- les animaux perdus ("mon chat Mitaine s'est perdu dans un banc de neige")

- les ventes de garage.

Dans ce billet socio-anthropologique, nous allons nous pencher spécifiquement sur ce dernier phénomène.

Oui, phénomène, tel est le mot.

Dans certains pays, les habitants ont la brillante idée de se réunir à un endroit spécifique pour vendre leurs biens. Au Brésil, à Recife, c'est au centre de la ville qu'on se rencontre. À Bruxelles, par exemple, c'est à la Place du Jeu de balles. Certains parleront de "marché aux puces, marché en plein air, bazar".

Les deux photos : Place du Jeu de balles, Belgique



Au Québec, cas fascinant, les vendeurs occupent une partie d'une ruelle, la devanture de la maison, le trottoir ou tout autre endroit pouvant accueillir plus de 10 personnes à la fois tout en étant près de l'habitation principale. On place quelques tables rudimentaires, souvent faites d'une planche mince et de tréteaux, sur lesquelles on dispose les biens à vendre. L'organisation de cette vente est spécifique à une saison (le printemps, sinon le début de l'été) et est habituellement pratiqué en solo.

Les raisons d'organiser sa "vente de garage" sont relativement simplistes.

- vider le garage, le sous-sol ou toute autre pièce emcombrée de la maison

- faire un peu d'argent avec les cadeaux dont on n'a jamais voulu, de babioles qui ne servent plus

- revendre, année après année, ce qu'on a acheté lors d'une autre vente de garage.

Il serait étonnant de faire le suivi d'un objet. Sa migration, de main en main, de maison en maison, en dirait beaucoup sur les habitudes des Québécois. Il est à noter que plus de 90% des articles sont usés, vieux, parfois brisés, souvent kitsh (quétaine).

Une autre spécificité de la vente de garage est ce que les habitués appellent "le bargain" - le marchandage. Les prix sont rarement fixes, on peut discuter, faire descendre le prix d'un objet, ou avoir un prix pour un certain nombre d'artefacts si on promet des les acheter ensemble. Les cas de "2 pour 2$, les 5 pour 4$, 10 pour 1$, le tout pour 50 cents" ne sont pas rares. Il Inutile de rappeler que cette partie de la vente, autant pour l'acheteur que le vendeur, est l'un des plus grands plaisirs de l'événement.

La vente de garage a, par contre, une grande pertinence écologico-économique. En plus de trouver quelques fois des objets rares, de collection, voire des produits que nous n'aurions jamais acheté autrement, elle favorise l'environnement en diminuant le nombre de déchets qui pourraient se retrouver au dépotoir. Mais la question se pose : est-ce que nous devenons, par le fait même, le petit dépotoir de quelqu'un d'autre? Est-ce que ces ventes de garage ne sont que la réaction pacifiste à une surconsommation abusive des habitants des pays développé?

Quoi qu'il en soit, au Québec et spécialement à Montréal où cette activité pullule dans plusieurs quartiers de la ville, la vente de garage annonce ou même symbolise hors de tout doute l'arrivée de la belle saison.



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